Conférence : la question animale dans l’enseignement

Maïté, bénévole AVF Paris, fait ici un compte-rendu d’une conférence à la Cité des Sciences et de l’Industrie du 16 janvier 2015, qui avait pour objet « la question animale dans l’enseignement »
Maïté, bénévole AVF Paris
Voici ce que j’ai retenu de la conférence donnée par Dominique Droz, psychologue clinicienne, formatrice en Écoles Supérieures du professorat et de l’éducation (Espe). Ce n’est pas un verbatim, c’est une transcription de mes notes prises à la va-vite mais je ne pense pas avoir trahi le message de la conférencière :
L’animal joue un très grand rôle dans l’univers fantasmagorique de l’enfant. On peut regretter hélas que l’animal soit étudié plus souvent comme un objet que comme un sujet de vie.
Elle cite ce passage de l’Insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera : « On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d’avance conditionnées par les rapports de force entre individus. La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux.« 
Il faut cultiver chez les enfants les valeurs de respect et d’empathie qui sont naturelles chez eux au départ.
La mission de l’école n’est-elle pas la transmission des valeurs ? On vient de sortir un Programme de morale laïque : il n’y a rien sur l’animal. Or, l’empathie pour les animaux est un outil primordial pour lutter contre la violence. Il canalise la parole libre, l’expression des sentiments, peut libérer des pulsions de violence. Non, l’homme n’est pas né violent, il le devient. On nous objecte parfois que l’homme est violent et que des pratiques comme la chasse ou la corrida, le combat de chiens ou de coq, sont des exutoires qui permettent de domestiquer ou canaliser cette violence. C’est tout le contraire. Le rapport à l’animal est un marqueur de l’équilibre pour les enfants. L’enfant partage très tôt un langage non verbal et une complicité, une connivence, avec l’animal. La compagnie d’un animal l’aide à développer respect, sensibilité, sens des responsabilités, à élargir son cercle de compassion. Il développe une parentalité symbolique. C’est une école de décentrage de l’enfant. Les anglo-saxons utilisent le mot « care », l’animal est le réceptacle du « care » de l’enfant.
On a donc un double discours dans les écoles puisqu’on apprend d’abord à caresser et à aimer les animaux, et ensuite à les tuer (chasseurs reçus dans les écoles pour apprendre aux enfants à piéger, à tuer…).
Au collège, ça se gâte avec les dissections, même si une nouvelle directive interdit d’élever des animaux pour les disséquer, on pratique toujours des dissections sur des organes d’animaux d’élevage par exemple. On a des cours sur l’élevage, la biodiversité, mais l’animal reste un objet et non pas un sujet de vie. A ce titre, les émissions d’Arte Junior font mieux que l’Éducation Nationale. On enseigne l’humanisme, mais c’est un humanisme exclusivement anthropocentrique alors que l’humanisme devrait être le respect de toute vie. Il existe un glissement sémantique de l’animal sujet vers l’animal objet avec un développement des stéréotypes.
Je ne me souviens plus à quelle occasion mais Dominique Droz a, notamment dans les questions réponses, évoqué la schizophrénie qui consiste à aimer les animaux et à les manger, et souligné les bienfaits du végétarisme, tant du point de vue éthique que du point de vue santé et environnement.
On a quelques outils pour enseigner l’éthique animale aux enfants, notamment Gaia kids qui a un volet entier consacré à l’éthique animale, et la Philosophie pour enfants de Matthew Lipman au Canada. One Voice aussi met des outils à disposition. On retrouve tout cela sur internet. Dominique Droz a insisté sur le fait que les enseignants ont une certaine latitude en ce qui concerne les valeurs qu’ils peuvent faire passer auprès des enfants.
Là c’est moi qui m’exprime : cela fait plaisir de penser qu’il existe des personnes de cette qualité morale en charge de la formation des professeurs… Le changement passera par l’éducation, il passera par les jeunes qui sont très ouverts et attentifs aux problèmes éthiques et environnementaux, pour peu qu’on les intéresse un tant que faire se peut à ces enjeux. Ainsi, lorsque l’on distribue des tracts, les enfants sont souvent preneurs alors que leurs parents passent leur chemin en détournant pudiquement le regard.
Maïté, janvier 2016

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