Une lecture qui décoiffe !

IMG_20160413_114645Maïté, bénévole à l’AVF Paris, lit beaucoup et lit vite ! Après Confortablement ignorant, de Richard Oppenlander, elle nous offre une chronique imprégnée de subjectivité sur le livre de Bruno Blum, De viandard à végane, Pour que vivent les animaux, paru chez Mama Éditions, dans la Collection « Témoignages ».

Je connais à peine Bruno Blum et je n’ai aucun intérêt personnel à recommander son livre, mais je tenais à faire partager mon enthousiasme.

Je ne rencontre personnellement pas trop de problèmes à avoir une alimentation végétalienne stricte, étant retraitée et la plupart de mes amis étant véganes ou acceptant ponctuellement de ne pas manger de produits animaux. J’ai, sans remords, fait une croix sur ma famille grosse consommatrice de foie gras et de produits carnés de façon générale, et je ne la vois plus qu’épisodiquement, en fait de plus en plus rarement. Je garde le contact par téléphone. Je me suis toujours demandé cependant comment des personnes engagées dans la vie publique, l’art, la politique, ou même simplement la vie active, pouvaient vivre leur véganisme dans un environnement essentiellement carniste, alors qu’ils sont invités à quantité de festivités, pince-fesses et repas à l’occasion desquels on ne saurait manquer de vous servir foie gras, merguez, saucisson et autres charcuteries, bref une alimentation essentiellement carnée. J’ai souvenir de cocktails où absolument tous les amuse-bouches étaient à base de produits animaux.

Eh bien, j’ai peut-être là, à la lecture du livre de Bruno Blum un début de réponse. J’y ai trouvé quelques longueurs parfois, surtout moi qui ne suis pas spécialement branchée rock, punk, funk ou autres musiques un peu transgressives. Oui, les pérégrinations d’un écrivain rock/journaliste, dessinateur, artiste polyvalent dans le monde du rock, de la BD et de l’édition, bof ! Pour moi, le rock, c’est plutôt le rock dansé, à deux, sur un parquet pas trop ciré pour ne pas chuter, avec quelques sauts si le partenaire est suffisamment sûr de lui. Des longueurs, sans aucun doute, mais ce livre s’adresse à ses fans, et eux, ils trouveront certainement un grand intérêt à l’évocation de tous ces noms d’artistes qui me sont à moi totalement étrangers. M’ont beaucoup intéressée par contre l’évocation de la musique africaine et du reggae, tout ce qui se rapporte à la Jamaïque et à ses séjours en Afrique.

On découvre l’itinéraire d’un enfant qui a passé, comme beaucoup de petits français, des vacances à la campagne, du temps où il existait encore des paysans. Cela m’a rappelé beaucoup de souvenirs : le vêlage des veaux, la traite (à la main, à l’époque), l’eau à la pompe, la cabane au fond du jardin (pourtant Bruno est plus jeune que moi, d’une dizaine d’années au moins !), cette fameuse cabane immortalisée par Laurent Gerra qui est de retour chez les écologistes radicaux et, à juste titre…, enfin, les clapiers à lapins. On retrouve les mêmes souvenirs, la même déconnexion entre l’animal qu’on a pu caresser et celui qu’on a dans son assiette, le même conditionnement familial et culturel. Ensuite vient le temps de l’adolescence, de la transgression et des paradis artificiels. On pense tout de suite à ces jeunes qu’on a connus autrefois (en ce qui me concerne), parfois très proches, issus de familles bourgeoises. Certains sont restés marginaux et marqués à jamais, d’autres sont rentrés dans le rang. On pense à tous les sandwiches jambon-beurre, burgers et kebabs qu’on a pu ingurgiter quand on n’avait pas les moyens de faire autrement. Un peu de longueur sur l’itinéraire Rosbif cher à son auteur. L’auteur prend certainement un malin plaisir à ménager le suspense. Et enfin, l’instant de bascule devant un chili con carne – depuis le temps qu’on l’attendait –, la révélation de Saint-Paul sur le chemin de Damas, la conversion de Claudel derrière un pilier de Notre-Dame de Paris ! Je jubile car il décrit admirablement bien et avec un humour corrosif la réaction des amis et de la famille après la traversée du miroir. C’est exactement ce que je vis, ce que j’ai vécu. Même incompréhension par rapport aux écologistes qui se contentent mollement de prôner une diminution de la consommation de viande. Sauf que dans sa famille, on en vient presque aux mains… Mais finalement, cette nouvelle transgression ne nous donne-t-elle pas un coup de jeunesse ? Elle nous renvoie à notre époque contestataire. Je dis toujours à mes interlocuteurs : « déclarer à la famille qu’on ne mange plus de produits animaux, c’est comme de tuer sa mère ». Lui, l’exprime mieux que moi et avec plus de détails insolites. Bruno est incontestablement un conteur. Le récit de son passage à l’émission de Dechavanne est un morceau d’anthologie. (Note à l’attention des gens qui auraient un doute : la Maïté dont il parle n’a rien à voir avec moi. Je pèse le quart de son poids qu’il estime à la (grosse) louche à 200 kg !)

Une autobiographie rarement complaisante, la culture de l’auto-dérision, un bric-à-brac de réflexion philosophique, de psychologie, d’introspection, de morale, on trouve de tout dans cet opus, c’est comme à la Samaritaine. Enfin, cerise sur le gâteau, sa déclaration d’amour à L214 et à l’Association végétarienne de France. On y apprend des tas de choses. Chacun y trouvera son compte. J’espère vous donner envie de le lire et/ou de l’offrir à des proches. J’ai souvent pouffé de rire. Ne vous en privez pas ! Il y a de quoi rester éveillé jusque tard dans la nuit. A aucun moment le livre ne s’est échappé de mes mains. Un style enlevé, coloré, spirituel, Bruno écrit comme il parle sans doute, avec du verlan, de l’argot, des expressions rigolotes, des interpellations, il s’adresse à son lecteur en le tutoyant, remercie son éditrice à plusieurs reprises. Bref, ça décoiffe ! Courez-y, je l’ai acheté au Salon Veggieworld, mais il ne sort en librairie que le 9 mai. Il faudra patienter encore un peu !

Bonne lecture !

 

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